Auteurs physiques : GUIHO-BAILLY (Marie-Pierre), DUBRE (Jean-Yves), BEGUE (Cyril), MARTHE (Rose), SIBILLE (Camille), LECONTE (Fabienne), FONT LE BRET (Brigitte), MIR (Patrick), PEZE (Marie)
Titre du périodique : LE CONCOURS MEDICAL
Volume, numéro : 138
Numéro du fascicule : 10
Année d'édition : 2016/12
Pagination : 779-814, ill.
ISSN : 0010-5309
Résumé : Le syndrome d’épuisement professionnel est défini par l’Organisation mondiale de la santé comme « un sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d’incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail ». Dans la Classification internationale des maladies (CIM 10), l’épuisement professionnel n’apparaît pas, à juste titre, comme diagnostic parmi les « troubles mentaux et du comportement » mais se trouve mentionné au chapitre XXI consacré aux « facteurs influençant sur l’état de santé et motifs de recours aux services de santé », à la rubrique des « sujets dont la santé peut être menacée par des conditions économiques et psychosociales », avec le code Z 73-0 renvoyant au surmenage. De fait, dans un contexte où la médiatisation actuelle du « burn out » recouvre un flou conceptuel qui pose problème dans le débat social et même au sein de la communauté scientifique, il est bon de préciser d’emblée que le syndrome d’épuisement professionnel n’est pas une nouvelle pathologie psychiatrique mais un ensemble de signes cliniques évolutifs psychiques et physiques renvoyant à une dynamique délétère du rapport subjectif au travail, pouvant conduire, ou non, en tant que complications, à des décompensations pathologiques caractérisées, psychiatriques ou somatiques, voire à la mort par suicide ou par accident vasculaire (« karõshi »). Christophe Dejours, psychiatre, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, situe le syndrome d’épuisement professionnel parmi les pathologies de surcharge, et précise : « Dans le burn out, l’engagement personnel est identifié comme le facteur de risque principal : c’est dans l’implication et la conscience professionnelle, qui sont aussi des conditions de la performance et se révèlent particulièrement appréciées par les collègues et les supérieurs hiérarchiques, que réside la vulnérabilité ». Cette précision est essentielle. La compréhension du syndrome d’épuisement professionnel passe nécessairement par la clinique du travail, par l’analyse du rapport subjectif au travail. C’est en effet du côté du travail, de l’organisation du travail, qu’il faut chercher les clefs de compréhension et les pistes de prévention de l’épuisement professionnel, dans les dysfonctionnements organisationnels, dans les écarts entre objectifs fixés et moyens attribués, entre buts affichés et buts réels, entre discours et pratiques, dans l’existence ou non de marges de manoeuvres pour faire face aux situations réelles de travail, dans les critères et méthodes d’évaluation. Il est indispensable, pour pouvoir comprendre et agir, de ne pas étendre le concept de burn out à toutes les situations de surcharge mentale que la vie personnelle, familiale ou sociale peut engendrer : le seul « burn out » qui, de notre point de vue, puisse être retenu concernant le milieu familial renvoie au travail des aidants familiaux. On ne dispose pas actuellement de données statistiques permettant d’évaluer avec précision l’ampleur du problème car les études portant sur les troubles psychiques imputés au travail amalgament le plus souvent des tableaux cliniques et des concepts différents : stress chronique, dépressions, troubles anxieux, stress post-traumatique, épuisement... Les études épidémiologiques utilisant un outil de mesure spécifique, comme le MBI, suggèrent des prévalences d’épuisement professionnel qui varient de 5 à 20 % en population au travail et de 25 à 60 % chez les professionnels de santé, mais les comparaisons entre études sont difficiles en raison de l’hétérogénéité du traitement des réponses au questionnaire. Après avoir été dénié, banalisé comme « fatigue » intrinsèque au travail, comme « risque du métier », ou imputé à des facteurs de fragilité individuelle, la reconnaissance du syndrome d’épuisement professionnel est aujourd’hui une question d’actualité, qui a donné lieu en France en 2015 à de vifs échanges à l’occasion des débats parlementaires portant sur la loi de modernisation sociale : y a-t-il un consensus scientifique sur l’existence même d’une entité clinique spécifique, à distinguer d’une forme atypique de dépression ? S’agit-il d’une problématique médicale ou sociale ? Quels sont les facteurs de risque, personnels et organisationnels ? Comment prendre en charge une personne présentant des signes d’épuisement professionnel, pour confirmer ce « diagnostic », envisager les partenariats nécessaires au suivi (médecins généralistes, psychiatres ou psychologues, médecins du travail…) et décider de la nécessité d’un arrêt de travail ou du moment et des conditions de la reprise ? Quand est-il légitime d’envisager la reconnaissance des troubles constatés en tant que maladie professionnelle ? Et, dans ce cas, comment construire la démarche d’imputabilité et quels critères retenir pour envisager une réparation ? Que dit le droit d’aujourd’hui sur cette question ? De quelles pistes disposons-nous pour une prévention individuelle ou collective ?
Mots-clés : Arrêt travail, Charge travail, Diagnostic, Epuisement professionnel, Etat dépressif, Fatigue, France, Maladie professionnelle, Médecin travail, Organisation soins, Prévention primaire, Prise charge, Profession santé, Psychiatrie, Psychologie travail, Psychopathologie, Relation professionnelle, Stress, Suivi malade, Travail
Mots-clés libres : PARCOURS DE SOINS
Localisation : ORSRA : 16651, ORSRA
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